Samedi 8 décembre 2008. Quatorze heures.
La lande, récemment drapée par l'hiver, n'en était pas moins accueillante. À vrai dire, un petit soleil réchauffait paresseusement, certes, les infimes zones de peau encore découvert, et le vent nous accordait une discrète accalmie.
Une journée parfaite pour aller courir avec Florian...
Ainsi donc, nous nous retrouvâmes, déjà échauffés, aussi bien physiquement que mentalement et, tel un funambule sur des charbons ardents, nous partîmes à vive allure. Le monde défilait sous nos yeux : un oiseau dans ce pin ; des géants bâtis de roux, de brun et de vert ; la route, désespérément grise.
Au bout d'une quinzaine de minutes, nous atteignîmes enfin les premiers champs d'Olivier, ces monstres hideux dressés sur notre route. Soudain, une voix ! Oh non ! C'est aujourd'hui, les vendanges ! Pas question de faire demi-tour... « On fait quoi alors ? De l'infiltration ? me demanda-t-il.
- Why not ?» lui souriais-je.
Premier objectif : repérer les différentes '' patrouilles''. Deuxième étape : les contourner.
Accroupis dans les buissons, plus silencieux qu'une carpe à la mer, nous nous engageâmes sur le périlleux sentier de l'aventure. Ca y est. On les a tous identifiés. Plus qu'à attendre une ouverture... C'est bon ! Go, go, go !
On sauta dans l'allée, mi-baissés, mi-à l'affut puis nous entamâmes un rush sous le couvert des arbres. En fait, on passa aisément. Le seul fait notable fut lorsque mon ami se retrouva à découvert, paralysé par l'étonnement et l'appréhension, à pas moins de 10 m d'un sombre individu dans l'une des allées. Heureusement pour nous, il ne le capta pas...
Véritables lynx que nous étions, nous parvînmes finalement au pied de la colline. Personnellement, je connaissais la marche à suivre pour atteindre notre mystérieux objectif, mais ma mémoire... Comment dire... N'était pas l'exact miroir de mon passé... En outre, le paysage avait beaucoup évolué en sept ans ! « Eh bien, au hasard je ... dirais que ça doit être à droite » lui m'engageai-je à voix haute.
Après quelques minutes, il s'avéra en effet que c'était bien par là. Toujours au pied de notre colline, on apercevait à son sommet les affres d'une ruine, ou plutôt les murs et le ciment de cet après-midi. Nous entreprîmes donc de contourner cet amas de pierres, haut de ses 20 m, en suivant un sentier et, ce faisant, nous passâmes du côté obscur de la falaise. Ici, les rochers étaient aussi froids que la nuit. Des centaines de briques brisées jonchaient le sol. Puis l'ascension. Lente, pénible. Malhabile, dangereuse : d'abord du plat tapissé d'éclats, puis une pente à 75°. De l'escalade à proprement parler, puis une étroite corniche surplombant dix mètres de vide et de gros rochers (autant dire que la chute aurait été terrible). Et nous y voilà. Trois murs et une porte ouverts sur la vallée. Une vue vraiment magnifique qui justifiait indubitablement les dangers et les tracas. À nos pieds, il y avait évidemment Pélissanne. De la beauté à perte de vue, et des arbres, des champs, de l'eau... toutes ces choses que l'on oublie mais que l'on aime tant !! Sans compter ces bouchées d'air pur ni la douce chaleur d'un astre capricieux...
Comme à regret, nous quittâmes enfin cet idyllique Éden. Bien sûr, on aurait pu repartir comme on était venu, mais, quelque part, la perspective ne nous emballait guère – retourner à l'ombre... – donc nous entamâmes une descente hasardeuse sous le soleil de 15 heures. À plusieurs reprises, nous dûmes faire marche arrière. D'ailleurs, Florian a glissé mais s'est raccroché de peu à un buisson, alors qu'il allait tomber définitivement. Dit comme ça, ça paraît presque rien mais pourtant faut bien reconnaître que sur le coup, on a plutôt eu peur ... Imaginons une seule seconde qu'il se soit tapé la tête sur un rocher ... Même si aucun risque n'était trop grand. Bon, c'est vrai que l'on a un peu abusé. Sa chute, qui n'a eu lieue que dans nos têtes, jeta à terre notre assurance. Prudemment, nous atteignîmes enfin la terre ferme, en passant par la drôle de grotte du « couguar » comme nous l'appelions (en dépit de son caractère normal).
C'est alors qu'un choix s'est imposé : rentrer ou partir plus avant dans les collines. « Alors on fait quoi ? Du ''pigeonnier'' on discernait un chemin contournant cette colline (celle derrière nous). Tu veux qu'on le tente ? Ça serait dommage de renoncer après tout ce périple » lui proposai-je. Il m'invita : « A toi l'honneur » puis s'engagea vers la suite de notre épopée.
