(P) Je quitte mon pays, l'épée au poing
(P) Le vent glace mon visage et mes mains
(L) Douloureux adieux à toi qui m'étreins,
(L) Savoir que je ne reviendrais demain...
(P) Je chevauche au-delà de toute terre
(P) Chaque jour je découvre un nouvel air
(L) Et loin de tout dont je fus tributaire
(L) Me voici perdu dans cet univers
(P) Les croix sont rouges sur nos boucliers
(P) Vers Jérusalem marchent les croisés
(L) Sous un écho rauque on s'est élevé
(L) Nos épées dressées dans cette épopée
(P) Nos fourreaux sont vides, nous approchons
(P) Bientôt, que des cendres persisteront
(L) La fumée saignera alors mes poumons
(L) La mort emplira tous les vallons
(P) Mais c'est pour la gloire de mon seigneur
(P) Que je combattrais chaque jour, chaque heure
(L) Faisant fi de la vie et de la peur
(L) Evacuant violement ma ranc½ur
(P) Je suis maintenant face à l'ennemi
(P) Je m'y préparais depuis tant de nuits
(L) Le fixant d'un ½il empli de folie
(L) Rage de vaincre pour qu'il meure ici
(P) S'engage férocement le combat
(P) Renait toujours la force de mon bras
(L) Plein de flammèches jaillissent des éclats
(L) Ton visage écarlate est encré en moi
(P) Car ici, les jours sont toujours plus noirs
(P) Et sans cesse j'exerce mon espoir
(L) Basé uniquement sur te revoir
(L) Et t'aimer vraiment, un rêve illusoire
(P) Pourquoi jamais ne viens le crépuscule ?
(P) Pourquoi ne viennent Achille et Hercule ?
(L) Ces héros mythiques que l'on adule
(L) Ces vainqueurs aux allures incrédules
(P) Chacun attend un repos trop partiel
(P) Mais pourvue qu'il ne soit pas éternel
(L) Je me refuse à quitter ce réel
(L) A mourir aujourd'hui sous ce ciel
(P) A mourir, ce soir, la croix brandissant
(P) Je refuse, à croire, que vain fut mon sang
(L) Et pourtant, là, dans le soleil couchant
(L) Je souffre de ne plus avoir le temps
(P) Le cor du repli, au loin retenti
(P) La lutte est finie, je défends ma vie
(L) Surgit la nuit, fond sur moi l'ennemi
(L) Poignardé, je tombe alors dans l'oublie
(P) Et s'éclipse la lumière des cieux
(P) Et bientôt je rejoindrais mes aïeux
(L) Bien que face à ma mort, je sois peureux
(L) Devant Lui, je m'incline et dis : Adieu.
Dévatège et Lambert
